L’été. La mer. La piscine. Le spa. Passer de la sangria à la caïpirinha, du Janzu au Watsu, du Seifuku au Shiatsu. Du jet massant au bain polysensoriel, équivalent à lui seul à huit heures d’immersion dans l’océan, les vagues, les algues, les embruns, les oligo-éléments, mélange de matières organiques et plastiques, bactéries soumises à un taux d’ensoleillement rêvé. Sels minéraux en décomposition source de vie planétaire. Idéal, disait docteur, pour soigner les petits coups de mous, les dépressifs, la neurasthénie, les tissus qui tombent en lambeaux, le corps malade. Mais aujourd’hui, poursuit-il, ce n’est plus vraiment là, parmi ces fesses et ces pectoraux magnifiques, que ce corps fermente. On le retrouve aplati sur un transat, ou à végéter parmi un troupeau de vaches espagnoles. De ce corps normalisé ne subsiste qu’une après-midi randonnée, un village désaffecté portes fermées, des façades grises d’années de dégradation et d’abandon qui tirent vers le noir. On pose la main pour regarder à travers la vitre, des tas de gravats, des poutres, du mobilier entassés à l’intérieur sous une couche de poussière. Comment a-t-on pu laisser les choses se détériorer à ce point ? Dans le spa, l’œuvre sonore d’un artiste suédois, au nom suédois, couvre les allées-venues de bruits sous-marins captés au large de Härnösand. Dans le bassin, les vieilles du jacuzzi sont en pleine séance d’aquabike. Tout le monde met beaucoup d’application à suivre les gestes du coach portugais dans un mouvement synchronisé. Il s’agit d’une réponse à un effort qui ne se produit pas plus de deux ou trois fois par an, comme les tortues de mer qui sortent sur la plage pour pondre à l’air libre. L’enchaînement implique des mouvements de brasse avec les bras, position assise, un maximum d’amplitude et de force en gardant une cadence régulière. Le pédalier répond à la molette centrale qui active le système de résistance pour combiner avec la résistance des mains. L’eau stabilise la température du corps, la peau fripée cherche à retrouver tonus et fermeté d’autant plus vite qu’elle est soumise à un seuil de résistance adaptée.
L’été. La plage. Les crabes translucides qui s’aventurent en surface. Les croisières qui passent non loin des côtes. D’un navire éloigné sortent alors plusieurs bateaux de plaisance à moteur d’une capacité de cinq ou six personnes max qui, tournoyant un moment autour de la croisière, se dispersent dans la baie à plusieurs centaines de mètres de la plage, puis, les moteurs coupés, se laissent flotter comme cette femme qui regarde devant, les pieds enterrés sous les grains de sable. Le volume des discussions augmente légèrement au moment du silence qui suit l’arrêt des machines, les traits de quelques visages quinquagénaires couverts de crème se distinguent d’un fond bleu aveuglant où la mousse s’est évanouie en lamelles. On flotte. On attend. On espère voir le bec argenté d’un mammifère habitué aux baigneurs et aux ambassadrices. On sort les bières. On profite du calme plat de l’eau fraiche, on prend des photos de la plage pratiquement vide où, hormis les surfeurs tête en l’air qui s’approchent, seule une femme se tient debout, non loin d’un groupe de personnes qui jouent au foot. Bravo à l’équipe qui descend une à une, soir et matin, les marches de l’escalier en bois aménagé sur la falaise, leurs caisses et leurs sacs rembourrés.